Le musée Denon fait bonne figure

visage

Tout le monde sait que le musée tire son nom d’un illustre chalonnais qui fut, entre autres, dessinateur, graveur, peintre, voyageur et diplomate au service de Napoléon. Mais connaissez-vous bien ce que le musée renferme… et en particulier cette toile que l’on attribua longtemps à Géricault, le Portrait d’un noir

Le musée

Le musée Denon

Le musée Denon

Installé dans une annexe de l’ancien couvent des Ursulines, le musée Denon recèle bien des merveilles de la région. Sans doute y avez-vous déjà vu les collections archéologiques, les salles consacrées à la peinture des XVIe au XIXe siècles ou encore les plaques d’imprimerie d’avant la Révolution française. Mais, du 12 avril au 16 juin, il y a une exposition à ne manquer sous aucun prétexte : Portrait d’un noir et pas seulement parce qu’on en attribua la paternité à l’un des peintres français les plus connus…

Une drôle d’histoire

On crut pendant très longtemps (ce qui fit beaucoup pour la renommé du tableau) que l’auteur de l’œuvre n’était autre que Théodore Géricault, le célèbre peintre du Radeau de la Méduse. Cependant, jamais il n’a été prouvé que le grand maître en ait été l’auteur… et il semblerait même que ce ne soit pas du tout le cas. Mais ce qui pourrait enlever de sa valeur ne fait qu’ajouter une part de mystère.

Un évènement va ajouter au statut particulier du Portrait d’un noir dans le cœur des Chalonnais et de tous les amateurs d’art. En 1991, un homme cagoulé entre dans le musée, se précipite vers la toile et la lacère à coups de cuter ! Il n’en fallait pas plus pour que l’œuvre devienne un symbole : celui de la souffrance et de l’émergence de la conscience noire.

Une exposition en forme d’enquête

Consacrer une exposition à une seule œuvre relève du défi. Certes le tableau est magnifique. Mais, il s’agit de comprendre toute l’histoire du tableau et révéler au public tous les secrets de ce portrait.

Géricault par Alexandre Colin, 1816.

Géricault par Alexandre Colin, 1816.

Pour savoir si Géricault en est bien l’auteur, les conservateurs ont à leur disposition tout un arsenal de moyens techniques. Reconnaître les gestes du peintre, les esquisses, les sous-couches de peintures, les habitudes du trait, bref, son style. Il ne faut pas se laisser convaincre par le seul fait que Géricault est connu pour avoir représenté beaucoup d’hommes noirs dans ses toiles (il y en avait notamment trois dans le Radeau de la Méduse qui dénonçait l’esclavage).

Les historiens également ont eu leur mot à dire. Les archives ont été fouillées pour savoir où, quand, et entre les mains de qui le tableau est passé. On savait qu’il était entré au musée au moment de l’acquisition des collections de Jacques-François Carbillet… mais avant ?

L’acte du vandale n’est pas passé sous silence. L’exposition revient sur cet évènement hors norme, l’expliquant et le commentant. Ce qui amène à une réflexion sur le vandalisme dans l’histoire de l’art et dans ce cas précis en particulier. S’est-on attaqué à une œuvre ou à ce qu’elle représentait ? S’agissait-il d’un acte raciste ? Du geste d’un fou ?

Vous l’aurez compris, cette exposition passionnante est bien plus riche que le nombre de toiles à l’honneur. C’est toute une réflexion sur la place de l’homme noir dans l’histoire de l’art et dans la société du XIXe siècle et du XXe siècle qui est abordée. La question de sa représentation et la question de la colonisation. En une exposition et un tableau vous en apprendrez bien davantage que dans bien des thèses !

Ce n’est pas une exposition, c’est un jeu de piste et une chasse au trésor. Et le trésor, vous l’avez sous les yeux !

 

Musée Vivant-Denon
Place de l’Hôtel de Ville
71000 Chalon-sur-Saône
03 85 94 74 41

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>